Discipline

 

Un séjour à Paris en 2012 est l’occasion rêvée pour Johnny Maroun de voir les oeuvres qu’il a étudiées. Il n’imaginait pas alors, pendant son séjour, de musée en exposition d’art, entre photo, art contemporain et photojournalisme, qu’il y trouverait de quoi occuper son esprit, son imagination et tout son temps disponible à son retour.
Au Liban, il decide de partir du materiel le plus répandu dans sa ville natale, Beyrouth: les armes à feu. Les vrais que collectionnent les adultes entre nostalgie d’une guerre il y a quelques années encore quotidienne et l’aspiration vers le prochain conflit qui ferait d’eux des hommes. Les jouets, copies plus ou moins réalistes qui occupent les enfants pour qui “jouer à la guerre” est la plus fréquente des occupations. Ainsi naît en mai 2012 la collection Sang Façon.
Faut-il rappeler les plaies d’un pays qui a souffert une longue et sanglante guerre fratricide de 1975 à 1990? Il suffit d’y penser pour ne pas s’étonner de la quantité d’armes à feu qui ornent les maisons: pistolets, lance rockettes, grenades.
Signe de virilité? Sans doute. Peur de la resurgence d’une guerre qui s’est évanouie ne laissant ni vainqueur, ni vaincu dans un présent qui s’étire en un long cessez-le feu? Peut-être. La violence faite par les armes à feu est toujours là, dans une impunité totale. Des “mini-guerres” entre quartiers ponctuent les saisons, et les balles perdues, ne distinguent ni femmes ni enfants.
Comment s’étonner alors, que se procurer une arme à feu devient dans une normalisation de la deviance aussi facile, et moins onéreux que de s’équiper en materiel de peinture ou d’enrichir sa bibliothèque d’une bel ouvrage.
Johnny Maroun va alors chercher, parmi les matériaux  les plus accessibles de quoi construire son oeuvre.
En simulant l’effet d’une balle qui transperce un corps, la projection de l’acrylique sur la toile joue le rôle d’un “freeze frame” qui immobilise et immortalise l’acte de violence. Apres la guerre civile, le Liban s’est empressé d’effacer les traces des obus, balles et autres munitions, comme qui cacherait une blessure sous un vêtement, en espérant que, loin des yeux, elle cicatrisera plus vite. Les peurs sont toujours là, mais l’irréparable est commis: le sang n’émeut plus personne.
Pour Johnny Maroun, c’est dans l’abstrait, dans les taches dont la couleur rappelle celle du sang que reside la représentation la plus crue de la violence. Le corps disparait, il n’est plus qu’une trace sur un mur.
It is in Paris that Johnny found a way to elaborate his work, drawing inspiration from his visits to museums and exhibitions of contemporary art and photojournalism.
Upon his return to Lebanon, he turned towards the most widely-spread and available material in his hometown Beirut: firearms. In Lebanon, kids’ favorite pretend game is playing war with toy guns that closely resemble the ones preciously collected and safeguarded by the adults, while waiting to use them in the next clash to prove that they are real men. As a result, the “Sang Façon” collection saw the light in 2012.
The brutal 1975-1990 civil war rendered Lebanon a divided country, swarming with weapons which are often considered a source of pride and can vary between guns, rifles, machine guns, grenades and RPGs. Despite the fact that for many, weapons are the symbol of virility and manhood, uncontrolled firearms remain the sign of an unsolved conflict, a specter that appears every now and then in small and swift street clashes.
Consequently, it is no surprise that acquiring firearms and ammunition is often times less complicated than finding the right painting equipment or adding a good book to one’s library.
The simulation of the effect of a bullet penetrating a human body and the projection of acrylic on the canvas, serve as a freeze-frame that immortalizes the act of violence. After the end of civil war, the Lebanese quickly wiped off the marks of the shells and bullets, and removed all the traces of warfare, as though trying to cover up the atrocity of the past and hoping that the scars would heal faster if made invisible. These scars are still present and the damage is done: the sight of blood has lost its disturbing character.
The abstract red spots on Johnny’s canvas reveal the atrocity of the act, when the lifeless body is lost to sight and a trace on the wall is all that remains.